Europe

Un empire à reconstruire  
Où trouve-t-on des loups ? D’où ont-ils été chassés ? Où reviennent-ils ? Voilà enfin des questions simples aux réponses simples... Encore au XXe siècle, malgré mille ans de persécutions, le loup occupait toujours la totalité de l’Eurasie, de l’Irlande au Japon, en passant par la péninsule arabique tout entière. Il peuplait alors également tout le continent nord-américain, du Groenland au Guatemala. Il fut longtemps le mammifère le plus répandu que l’on ait jamais connu au cours de l’histoire.      
Le loup fait son retour en Europe occidentale. Il regagne peu à peu les terres qu'occupaient ses ancêtres. Au XIXe siècle, il était encore le mammifère le plus répandu. Photo: B. Moriamé  
   
Mais voilà, victime de sa réputation sanguinaire ancestrale mais surtout des grandes réformes de l’agriculture et de la découverte de la strychnine, poison inodore, il connut une disparition brutale qui vit disparaître plusieurs dizaines de sous-espèces et précipita la plupart des autres au bord de l’extinction. Mais c'était sans compter sur la résistance et la faculté d'adaptation qui lui ont permis de subsister dans quelques rares régions isolées du monde humain, de sorte qu'aujourd'hui l'on considère que c'est sa juste place. Le loup a commencé à réinvestir du territoire ancestral.
 
 
  Etat des lieux: réoccidentalisation du loup - Les chemins de la reconquête - Convergence vers la Belgique -Divergences nordiques - La Suède veut mettre fin au massacre norvégien  
Etat des lieux: réoccidentalisation du loup

Jadis, le loup était le mammifère le plus répandu sur la planète. Il n'y a pas plus de 150 ans, il peuplait encore toutes les régions du Nord: l'Amérique, l'Europe, l'Eurasie, l'Arctique... Mais il fut chassé par l'industrialisation, détruit et réfoulé en de rares endroits. Aujourd’hui, en Europe, le loup, chassé du nord au sud et d’ouest en est, s’est réfugié dans les pays de l’Est, avec la Russie comme principal bastion (20 000 individus estimés en 1996) et dans la péninsule ibérique (plus de 2 000 en Espagne et au Portugal). L’Italie protège également bon nombre de survivants - d'une centaine, ils sont devenus 700 - grâce au plan de réinsertion de Luigi Boitani, certainement l’un des plus grands spécialistes au niveau mondial. Les Balkans en gardent également plus d’un millier avec 1500 individus en ex-Yougoslavie. La Roumanie, quant à elle, en compte 2500 et la Bulgarie 1000. Les pays les plus occidentaux en sont quasiment dépourvus : 2 en Suisse, 5 en Allemagne, 15 en France,… Pas le moindre en Belgique ou aux Pays-bas, ni, cela va de soi, en Grande-Bretagne, malgré des projets et des espoirs de réinsertion en Ecosse.

Les chemins de la reconquête

En France, le loup peuplait 90 pour cent du territoire au XIXème siècle. Il disparut un demi-siècle pour ne revenir qu'en 1992. En février 2003, la population de loups est passée à 27 individus. Cela représente cinq départements où le loup est véritablement implanté. Cela ne s’est pas fait sans mal. Pour ne citer qu’un exemple, on peut évoquer le village d’Allevard en Isère où l’on retrouva un loup tué d’une balle dans le cou et pendu par les pattes arrière à un arbre avec un écriteau : « Ras-le-bol du loup » C’était en 2000 ; le Moyen-Age n’était pas révolu. Mais tout laisse à penser que l’animal va s’étendre dans l’Hexagone. Les destinations plausibles sont la Champagne, le Jura, la Lorraine et les Vosges. Après, dans un avenir encore lointain et incertain, peut-être la Belgique en connaîtra-t-elle quelques représentants…

 
     
Aire de répartition du loup il y a un peu plus d'un siècle : presque tout l'hémisphère nord.
Carte: SAVAGE, 1996, 8.
Aire de répartition du loup actuelle. Le loup a été éradiqué de la majeure partie de l'occident.Carte: SAVAGE, 1996,8.  
     
Convergence vers la Belgique

Le loup regagne la terre de ses ancêtres. En effet, il est en train de réaliser le chemin inverse de son départ, c’est-à-dire du Sud vers le Nord et d’Est en Ouest. Les déplacements du loup en Europe s’opèrent actuellement selon trois axes principaux : de l’Espagne (canis lupus signatus), par-delà les Pyrénées, de l’Italie (canis lupus italicus) vers la France (qu'il remonte) et la Suisse, et par la Pologne (canis lupus lupus) au départ de la Russie, en Allemagne. (VAN MEULEBEKE, 2002a, 26). En Espagne, la sous-espèce vit en Galice, en Asturies, dans les Monts Cantabriques, puis en Navarre où il explore les Pyrénées. Depuis 1999, il passe du côté français où la densité des ongulés sauvages est plus importante. Mais, si le versant français semble plus favorable que l’espagnol, le loup n’y est pas aussi bien protégé. L’Italie est, elle aussi, exemplaire en ce qui concerne la protection du loup. Dès 1976, canis lupus italicus est protégé et progresse au départ du parc national des Abruzzes. C’est donc en toute logique qu’on le retrouve en Suisse et en France. Dernier axe, la Pologne, a permis au loup de traverser l’Oder, fleuve frontière avec l’Allemagne. Le loup polonais, canis lupus lupus est plus massif que les loups latins et provient en fait de Russie, le froid expliquant la taille. Sa progression est continue vers l'Est avec, pour horizon, la Belgique.

Divergences nordiques: vie et mort du loup scandinave

En Scandinavie, le loup vient aussi de Russie. Il occupe la Finlande et la Suède et, malheureusement pour lui, se jette dans la gueule de l’homme lorsqu’il atteint la Norvège, nation qui mériterait le Nobel de la barbarie envers les animaux, selon François Van Meulebeke, président de l’IWFEA (Fédération internationale de défense des loups). « La Norvège est une des nations les plus riches au monde, mais au lieu de mettre en place des plans d’action permettant une coexistence harmonieuse avec les grands carnivores, elle préfère couvrir de sang les merveilleux paysages qui la constituent. » (VAN MEULEBEKE, 2002b, 203).

 
        En Finlande, tout d’abord, le gouvernement considère qu’un prélèvement ne peut mettre l’espèce en danger. Ce qui est faux dans les circonstances actuelles car le loup y est bien moins représenté que ce que les autorités prétendent. En réalité, le véritable ennemi est le peuple lapon qui, après des siècles de respect et d’admiration pour le loup, a radicalement changé ses positions lors du passage au mode de vie occidental. Il troqua son activité de peuple chasseur pour se consacrer à l’élevage de rennes. Les éleveurs lapons bénéficient largement du laxisme du gouvernement finlandais et multiplient des troupeaux qui, déjà en surabondance, détruisent une forêt boréale unique et très fragile. Les pâturages agrandis gagnent sur le territoire des herbivores sauvages qui sont braconnés et décimés par la chasse, et dont la disparition sera mise sur le compte des grands prédateurs. Mauvaise foi évidente puisque, comme nous le dit à son tour François Van Meulebeke, « il a été démontré que partout où le loup cohabite avec les grands ongulés, ces derniers se portent bien ! » (VAN MEULEBEKE, 2002b, 202).  
 
Au Canada, la chasse au loup est une véritable activité touristique.
Ph.:
www.clubru-
dy.ca
 
     

Mais voilà, la Finlande n’a jamais eu l’intention de respecter le Convention de Berne puisque, dès son accession à l’Union, elle a obtenu une dérogation pour chasser le loup en Laponie. Résultat : trente-sept loups abattus légalement en 2001, soit le quart de la population du pays. De plus, la Finlande tente d’empêcher le déplacement des loups vers la Suède, où ils trouveraient un véritable asile politique.

La Suède veut mettre fin aux massacres en Norvège

En effet, les autorités suédoises essayent de protéger les grands carnivores malgré l’élevage de rennes dans quarante pour cent du territoire. L’un et l’autre ne semblent pas incompatibles en Suède puisque, en dix ans, le pays n’a accordé qu’un seul permis de tuer pour un loup. De plus, la Suède tente de négocier des accords avec la Norvège pour une politique commune qui assurerait un statut viable aux populations de loups des deux pays. Des accords qu’elle avait déjà obtenus en 1998 mais que la Norvège a rompus par des actes de barbarie en 2001 lorsque le gouvernement autorisa l’extermination programmée de la meute dite d’ « Atndale». François Van Meulebeke raconte : « Les champions du tir sans risque, formant un team d’une quarantaine d’individus armés de fusils sophistiqués et se déplaçant en moto-neige et en hélicoptère, poursuivirent et massacrèrent un clan composé de dix loups vivant dans une zone à faible densité humaine, à faible densité d’ovins et à densité élevée d’ongulés sauvages. » (VAN MEULEBEKE, 2002, 206).

Et dire qu’avant cet événement, pour toute la Norvège, on comptait 28 loups ! Malgré tout, la législation nationale prévoit qu’ils peuvent être abattus à titre préventif de dommages en affirmant qu’il est impossible de faire paître des troupeaux dans des territoires occupés par les loups. En vérité, la politique agricole nationale soutient une destruction programmée de tous les grands carnivores et subsidie les troupeaux d’élevage sans imposer de conditions de surveillance de ceux-ci, pas même lorsqu’ils sont éparpillés dans les montagnes. De ce fait, les conflits entre éleveurs et prédateurs sont inévitables. Mais, comme partout où le loup cause conflit, il est un voisin pour rappeler que la cohabitation avec le prédateur est possible. Ce constat est en train de faire son chemin au niveau européen (voir la page consacrée à la Convention de Berne: 
"Espèce protégée? Le droit ne suffit pas!"). Reste maintenant à convaincre les régions réticentes.

Pour avoir une répartiton du loup dans le monde cliquez ici.

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Date de dernière mise à jour : 08/02/2015